SUR LES TRACES DU PATRIMOINE JUIF DE PEZENAS (Hérault)

Visite du 2 Juin 2013

Texte et photos de Georges Fougerand-Oppenheim

Entrée de la juiverie

Entrée de la juiverie de Pézenas

rue des Litanies

rue des Litanies

vue générale du cimetière

vue générale du cimetière

entrée du cimetière

entrée du cimetière

tombes des époux Bedarride

tombes des époux Bedarride

LE QUARTIER JUIF DE PEZENAS

Présentation de Monsieur Claude Alberge (Président de l’Association Les Amis de Pézenas )

A Pézenas, le quartier juif "se résume" à deux rues après la porte d’entrée : la rue de la Juiverie et la rue des Litanies. C’est vers 1298 que les Juifs s’établissent à Pézenas, venant d’Espagne, du Portugal et d’Italie. Au commerce "typique" de vieux habits et de bestiaux, ils ajoutèrent l’activité de la vente de laine et de draps. En 1332, une loi imposait aux Juifs traversant Pézenas ou venant y vendre, un droit de "leude" (Un octroi, ou un péage en quelque sorte)

Tous Juifs et Juives passants quelques jours que ce soit, paieront treize deniers pour "leude" et si la Juive est enceinte, vingt-six deniers

Ils payaient de même façon la traversée de l’Hérault au pont de Montagnac. Dans le quartier juif, on ne trouve pas vraiment l’emplacement d’une synagogue, ni d’un mikvé, même si l’on a retrouvé une cuve en terre formant un petit bassin dans le sous sol d’une maison. Les familles juives disparurent en 1394, lors de l’une des dernières expulsions du royaume de France. En France, le terme "ghetto juif" est impropre – Il est préférable de citer "les quartiers juifs", dont on peut se poser la question : "Ces quartiers étaient-ils fermés de la volonté même des Juifs ou de celle qui leur était imposée ?"

LE PETIT CIMETIERE BEDARRIDE

Travaux de réhabilitation

Présentation de Madame Françoise Loubet (Secrétaire générale), Madame Jacqueline Allary, Messieurs René Loubet et Pierre Richez (Association "Les Amis de Pézenas")

Un lieu désert à préserver ! - Le petit cimetière est situé dans la campagne à 2 km à l'Ouest de la ville de Pézenas. En 2003, René Loubet et Pierre Richez, ont retrouvé les vestiges de ce petit cimetière privé - Ils ont coupé la végétation, ils ont remué des tonnes de terre, ils ont répertorié toutes les pierres - Ils ont reconstruit le mur d’enceinte pour reconstituer les dimensions d’origine (30m x 15m), ils ont réuni chaque morceau du puzzle pour reconstituer les pierres tombales et ils ont replanté cinq cyprès. Ils reçurent un peu d'aide matérielle de quelques autres associations et le soutien de la municipalité de Pézenas – Actuellement le cimetière est dans l’emprise des "domaines" et l’entretien est assuré par les services techniques municipaux.

Historique de la famille Bédarride

Présentation de Monsieur Claude Alberge (Président de l’Association "Les Amis de Pézenas")

Israël Bédarride est né à Pézenas le 15 novembre 1798. Le nom de famille vient de Bédarrides [avec un s] petite ville du Vaucluse (Comtat Venaissin) dont elle est originaire – Ce sont des réfugiés suite à l’expulsion des Juifs du Royaume de France, qui seront nommés "Les Juifs du Pape". La famille Bédarride est modeste - Le jeune Israël passe son baccalauréat à 14 ans et "monte" à Paris - A 21 ans, il est inscrit au barreau comme avocat stagiaire - Il fréquente Casimir Perrier, le général Foy, Benjamin Constant. Son grand ami est Adolphe Isaac Crémieux, venu du Midi, puisque sa famille, elle aussi d’origine comtadine, s’est établie à Nîmes.

En 1823, il écrit un mémoire sur la condition des Juifs au Moyen Age - Quelques temps plus tard, il fait le choix de son lieu de naissance pour s’engager dans la vie politique : la quatrième circonscription électorale de Pézenas - Il est battu aux élections législatives par le Docteur Haguenot, professeur à la faculté de médecine de Montpellier. Il défend le projet du tracé d’une voie ferrée qui passera soit par Agde, soit par Pézenas, d’autant qu’il entretient des relations privilégiées avec les Rothschild, membres influents de la compagnie de chemin de fer. Aux élections législatives de 1846, il devient le candidat de la ville, mais il échoue à nouveau et le chemin de fer ne passera pas par Pézenas. Après ce nouvel échec politique il va reprendre ses activités professionnelles en devenant l’un des avocats d’affaires les plus prisés du département. C’est le premier avocat "d’origine israélite" au barreau de Montpellier.

Il va publier un ouvrage Les Juifs en France, en Italie et en Espagne où il démontre qu’il faut démythifier la religion d’Israël, débarrasser la mémoire collective de tous les préjugés accumulés depuis des millénaires sur la nation "déicide". Avec son grand ami Adolphe Isaac Crémieux et Eugène Lisbonne il combattit pour que les Français de "confession israélite" soient reconnus comme citoyens à part entière.

Il meurt en 1869 - Il n'y a pas de cimetière juif à Montpellier (*) - Israël Bédarride fut inhumé auprès de son épouse née Avigdor, décédée vingt-sept ans plus tôt, dans une terre dont la famille était propriétaire au tènement de l’Etang à Pézenas.

(*) Cependant, il y a un "carré juif" depuis 1844 au grand cimetière Saint Lazare - On peut y voir la sépulture d'Eugène Lisbonne qui fut Préfet du Département de l'Hérault.

Un article plus complet sur Israël Bédarride, écrit par Claude Alberge, se trouve dans le numéro 30(2003) de L'ami de Pézenas, bulletin de l'association de même nom.

Remerciements particuliers et références générales : Association Les Amis de Pézenas, "Maison Molière" 6, rue Four de la Ville - 34120 Pézenas

Références et sources bibliographiques : Danièle et Carol Iancu, Les Juifs du Midi, une histoire millénaire. Editions A. Barthélemy.